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Journée Lidilem sur "Le Temps"

 

Le 29 juin 2007 s’est déroulé le séminaire annuel du laboratoire LIDILEM, organisé par Iva Novakova et Christian Surcouf, et consacré cette année à la notion de « temps ».

Présentation du séminaire par Iva Novakova.

FRANCIS WOLFF

École normale supérieure, Paris

Diapositives
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Penser et dire le maintenant

On oppose souvent le temps des physiciens (temps mesurable des horloges et ne supposant que des relations d¹antériorité/postériorité entre événements) au temps vécu (temps repérable à partir du présent de la pensée ou du discours, et distinguant par là même un passé et un futur). Le temps « objectif » serait donc sans présent ; celui-ci ne serait qu’une illusion du sujet pensant, ou encore une nécessité liée, pour le sujet parlant, à la contextualisation de sa parole, comme tout autre indexical (« je » ou « ici »). C’est cette thèse que nous voudrions contester. Le présent nous dit peut-être aussi quelque chose du temps physique ; et les propriétés de l’indexical « maintenant » ne sont peut-être pas seulement des propriétés linguistiques, mais des propriétés du temps lui-même.

GÉRARD LIGOZAT

Université Paris-Sud

Diapositives
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Raisonnements sur le temps : au carrefour des disciplines

Le domaine du raisonnement qualitatif sur le temps (et sur l’espace) est souvent abordé par l’évocation de ses applications. « Le raisonnement temporel et spatial », peut-on lire dans un article récent, « est un sous-domaine de l’intelligence artificielle qui s’est développé dans les années 90, et qui a de nombreuses applications, par exemple dans le traitement du langage naturel, les systèmes d’information géographique, et l’interprétation de documents ».

Dans le contexte pluridisciplinaire qui est celui de cette journée, nous tenterons plutôt de mettre en relief les liens qui, débordant en cela le cadre de l’intelligence artificielle, rattachent ce domaine à d’autres disciplines ou sous-disciplines, et qui, à nos yeux, en constituent un des attraits : liens avec la linguistique, bien sûr, mais aussi avec la logique, avec la partie des mathématiques connue sous l’appellation d’algèbre universelle, et, pour ce qui concerne l’informatique, avec les techniques de résolution des contraintes.

Nous montrerons comment cette richesse de points de vue permet d’apporter des éclairages nouveaux sur des résultats anciens aussi bien que des avancées théoriques et pratiques.

BORÍS BURLE

Laboratoire de Neurobiologie de la Cognition, Université d’Aix-Marseille, CNRS

Diapositives
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Un Tic-Tac dans la tête ? Bases psychologiques et neurophysiologiques de la perception du Temps

Les informations fournies par notre environnement sont perçues à travers des organes et des structures nerveuses spécialisées : les yeux pour la vision, les oreilles pour l’audition, etc. Même la représentation de l’espace semble être dotée de systèmes dédiés. Qu’en est-il du traitement du temps ?

Cette présentation, organisée en deux parties, tentera d’apporter des éléments de réponse à cette question. Tout d’abord, nous présenterons des travaux comportementaux, réalisés chez différentes espèces animales, montrant que l’on peut, en effet, estimer le temps, et ce, de manière assez précise. L’analyse fine de la performance (variabilité, biais d’estimation) révèle des grandes lois de la perception temporelle, communes à toutes les espèces. Nous présenterons également les facteurs expérimentaux qui affectent cette performance temporelle (niveau d’activation, attention dévolue au temps, etc.). L’implication de ces paramètres de la performance permet la construction de modèles “psychologiques” du temps.

Dans un deuxième temps, nous présenterons des données neurophysiologiques (imagerie cérébrale, pharmacologie, etc.) permettant de clarifier les corrélats cérébraux du traitement du temps. Nous montrerons comment ces techniques issues des neurosciences apportent des informations essentielles et permettent de préciser les modèles décrits précédemment. Nous présenterons enfin des modèles neuromimétiques qui tentent de combiner données comportementales et neurophysiologiques.

Nous conclurons en essayant de mettre en perspective les questions qui restent ouvertes dans ce champ.

JACQUES BRES

Laboratoire Praxiling, UMR 5367, Université de Montpellier III

Diapositives
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Le temps verbal : désordres apparents, et ordre profond

Dans cette journée pluridisciplinaire, on aimerait répondre, « en linguiste », à quelques questions qui se posent dès que l’on considère sans a priori les temps verbaux de l’indicatif, pour l’essentiel en français. Mentionnons pour l’instant les faits suivants :

- les temps verbaux (tenses) sont-ils des signifiants temporels (time) ? Plus que le temps, les temps verbaux marquent l’aspect… Et il arrive fréquemment que les langues construisent du temps à partir de l’aspect : cas du futur dit périphrastique ou prochain en français (je vais chanter / je chanterai), et du prétérit périphrastique en catalan (vaig cantar, « j’ai chanté »)… tous deux de même formation morphologique : présent de aller + verbe à l’infinitif. Comment se fait-il qu’un même auxiliaire au présent puisse en français servir à construire un temps de l’époque future, et en catalan, un temps de l’époque passée ?

- les temps de l’indicatif en français forment-ils un beau système bien stabilisé comme le font apparaitre les grammaires ? comment se fait-il qu’il y ait des zones de concurrence turbulente : il chanta / il a chanté, il chantera / il va chanter, il chanterait / il allait chanter…

- comment se fait-il qu’un même temps semble être à même de signifier (presque) tout et son contraire : p. ex. comment expliquer qu’un temps du passé comme l’imparfait puisse actualiser un procès situé dans l’époque future (il a dit qu’il partait demain) ; et un temps du futur, un procès situé dans le passé (Jalabert franchit le col en tête. Le peloton passera 3’ plus tard) ?

On tâchera de faire apparaitre la cohérence profonde de ces petits faits qui presque décrédibiliseraient le système des temps verbaux…