|Site de l'université Grenoble Alpes|
 

Séance 6 du séminaire de l’axe 2

 

Maria Candea (CLAESTHIA - Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

L’accent de banlieue à Sciences Po ? Enjeux politiques et didactiques autour d’une filière de sélection universitaire ultra-médiatisée

En 2001, au terme d’une controverse médiatico-politique et après avoir obtenu une modification de statuts validée par un vote au Parlement, Sciences Po Paris mettait en place une procédure d’admission spécifique pour les élèves scolarisés dans sept établissements ZEP ayant signé une « convention d’éducation prioritaire », que la presse s’est empressée d’appeler « une discrimination positive à la française ». Depuis 2001 un nombre toujours croissant d’établissements secondaires ont signé cette convention qui permet à des élèves de lycées ZEP ou assimilés de bénéficier d’une procédure de sélection spécifique qui accorde une très grande place à l’oral.
L’exposé s’appuie sur des observations de terrain et des enregistrements recueillis entre 2006 et 2012 dans le module de préparation au concours de Sciences Po relevant de cette « convention d’éducation prioritaire », dans un lycée de la banlieue est-parisienne.
A partir d’une étude de différents traits de prononciation des élèves candidats et d’une enquête sur la perception de leur prononciation, l’exposé fera émerger quelques enjeux politiques et didactiques en rapport avec l’idéologie de "l’ouverture à la diversité". L’exposé sera focalisé sur la "diversité" dans le domaine des accents sociaux et tout particulièrement sur la place de l’accent dit de banlieue.

Claire Gilchrist & Jean-Pierre Chevrot

Snap Judgement : L’influence de l’origine ethnique imaginée sur l’évaluation des compétences en langue étrangère

Le travail exposé concerne la fiabilité de l’évaluation de la compétence orale en français langue étrangère. Nous voulions savoir si l’origine perçue d’un locuteur apprenant le français, qu’il s’agisse de l’origine réelle ou imaginaire, influençait les évaluations sur sa compétence orale portées par un échantillon de juges français. L’approche adoptée est une adaptation de la technique du ’’matched guise’’ (Lambert, 1967). Notre démarche comporte deux étapes. D’abord, nous demandons à trois grands groupes de juges francophones (des étudiants de licence des universités grenobloises de nationalité française, au total N =343 ) d’évaluer la production orale de trois locutrices non-natives, d’origines nationales différentes (chinoise, japonaise, syrienne), lisant un même texte comportant les mêmes erreurs grammaticales. Ensuite, nous nous centrons sur une seule des locutrices non-natives, d’origine syrienne, et nous comparons les jugements des évaluateurs qui connaissaient son origine et ceux qui ne la connaissaient pas, isolant ce facteur comme variable indépendante. Ces deux axes nous permettent d’aborder la notion d’origine dans ses dimensions ’’réelles’’ (trois locutrices non-natives d’origines différentes) et ’’imaginées’’ (des perceptions différentes de l’origine d’un seul locuteur). Les analyses statistiques démontrent que parmi les juges écoutant l’enregistrement de l’étudiante syrienne, ceux qui perçoivent son origine comme ’’arabe’’ lui attribuent des évaluations plus sévères que ceux qui ne la perçoivent pas comme ’’arabe’’ bien que, par ailleurs, ils décèlent moins de fautes dans sa production orale. Cette double tendance suggère que les jugements de non spécialistes sur les compétences langagières en langue étrangère peuvent être biaisés par des stéréotypes et des préjugés.