|Site de l'université Grenoble Alpes|
 

Séance 2 du séminaire de l’axe 2

 

Séance 2 du séminaire de l’axe 2 aura lieu le jeudi 28 novembre à 17h30 en salle des conseils

Herimalala Ratsimbazafy

Approche ethnographique de la socialisation langagière d’adolescents malgaches francophones : une expérience de terrain à Antananarivo

Dans le cadre de ma thèse en sociolinguistique, je travaille sur les différentes places accordées aux langues en présence et à la variété de français, en interaction chez des adolescents malgaches. Comment les jeunes se parlent-ils entre eux et avec les autres ? Quelles variétés utilisent-ils ? Pourquoi ? Dans quel contexte ? Etudier les pratiques langagières des adolescents et les représentations linguistiques qui les sous-tendent nécessite donc d’être en contact avec des jeunes et de s’immerger dans leur monde pour étudier leur socialisation langagière (Trimaille, 2003).
Dans cette communication, je présenterai mon enquête de terrain dans une perspective d’ethnographie institutionnelle et selon une démarche empirico-inductive. L’établissement choisi est une école privée autorisée à préparer ses élèves aux diplômes français du brevet et du baccalauréat, créée par des parents d’élèves en rupture avec le système éducatif malgache. Les parents d’élèves envoient donc leurs enfants malgaches (quelques-uns sont bi-nationaux) dans une école « française » pour leur préparer un avenir post-baccalauréat en France. Les enseignants sont malgaches, les élèves sont malgaches, le personnel est composé de Malgaches mais le contexte d’enseignement et d’apprentissage est calqué sur le modèle français. Je présenterai donc ici le cadre institutionnel en regard de la situation économique et linguistique malgache, la méthode mobilisée pour l’enquête, les données recueillies, et les premières réflexions que soulève mon travail de terrain de six mois.

TRIMAILLE Cyril (2003) : Approche sociolinguistique de la socialisation langagière d’adolescents. Thèse de Doctorat. Grenoble, Université Stendhal.

Agnès Millet et Saskia Mugnier

Sourds et entendants : quand les espaces socio-didactiques redessinent les figures de l’altérité

Les recherches que nous menons depuis une vingtaine d’années sont toutes ancrées dans le champ de la surdité, appréhendée, toujours qualitativement, sous divers angles, en croisant les regards sourds et entendants.
Une première série de recherche sociolinguistiques nous ont montré, d’une part, que la surdité engendrait, en France du moins, des représentations sociales dichotomiques se déclinant sur l’axe attirance/répulsion et, d’autre part, que l’espace social projetait la figure de deux sourds idéalisés antagonistes : le « sourd oral » et le « sourd gestuel ». Une autre série de recherches, plus récentes, nous ont amenées à mettre au jour que la perception de la figure de l’entendant n’est pas moins figée pour le sourd. Pourtant, ces représentations désincarnées de Sourd et d’Entendant, si elles restent ancrées de façon archétypale dans l’imaginaire collectif, n’ont que peu de réalité, comme nos dernières recherches, ouvrant sur l’étude de la diversité des pratiques langagières, ont pu le mettre en évidence : au-delà des discours, dans l’espace didactique, la coopération entre les groupes et les langues fonctionne.
La communication s’appuiera sur nos recherches en terrain scolaire et sur notre expérience de formation et de mise en place d’ingénierie pédagogique auprès de publics sourds adultes. Dans un premier temps nous montrerons comment la surdité, jetant un regard ambivalent sur le Même et l’Autre, se décline comme une forme très spécifique de l’altérité – imposée et irréductible, puisque 90 % des enfants sourds naissent de parents entendants – que l’on tente de réduire ou, au contraire, de magnifier. Nous verrons ensuite pourquoi et comment, au cœur de cette ambivalence, la figure de l’interprète cristallise, paradoxalement, des formes de frontières de l’entre deux mondes, et quelques crispations sur l’entre-soi, les discours oscillant entre revendications identitaires, marqueurs de l’altérité et appartenances linguistiques.
Enfin, nous montrerons comment, tant sur le terrain de l’enseignement scolaire aux enfants sourds que dans celui de la formation d’adultes sourds, la coopération nécessaire dilue les clivages pour créer des espaces didactiques bilingues et biculturels.