|Site de l'université Grenoble Alpes|
 

Quantifieurs et intensifieurs de haut degré en français québécois spontané (DéLiCorTal)

 

Gaétane Dostie (Université de Sherbrooke, Québec, Canada)
Grande salle des colloques, mardi 8 mars, 13h30-15h

Quantifieurs et intensifieurs de haut degré en français québécois spontané

Le domaine des quantifieurs / intensifieurs est réputé pour sa capacité à accueillir de nouvelles formes (notamment, par le biais d’un processus de grammaticalisation) et à être soumis à de constants réaménagements (entre autres, Marchello-Nizia 2006 ; Ghesquière et Davidse 2011 ; Zribi-Hertz 2015). L’exposé sera consacré au cas particulier des quantifieurs / intensifieurs axés sur le haut degré en français québécois spontané. La zone d’étude sera délimitée en prenant comme point de repère très et beaucoup qui font office de marqueurs prototypes dans leur catégorie.
Un coup de sonde dans le Corpus de français parlé au Québec (CFPQ), qui est propice pour prendre le pouls de la variété diatopique / diaphasique de langue considérée, révèle ici l’existence d’une cohabitation intéressante entre marqueurs neutres et familiers. Ainsi, à côté de très et beaucoup, on trouve des unités telles que ben, ben ben (à polarité négative), (ben) gros, (ben) raide, full, au bout, au coton et à l’os, aux origines diverses. À titre illustratif, ben serait un archaïsme (Waltereit 2007 : 98) au sens de Poirier 1995, à l’instar de gros lorsqu’il quantifie dans un exemple comme c’est gros de l’argent (‘c’est beaucoup d’argent’).
Après une présentation générale du domaine d’étude, on s’intéressera au cas plus spécifique de full, caractéristique du parler des jeunes locuteurs, tel qu’il apparaît dans j’ai manqué full d’émissions (‘j’ai manqué beaucoup d’émissions’). Ses spécificités sémantiques seront mises en évidence par une comparaison avec quelques marqueurs proches dont beaucoup, très, gros et ben.
L’étude sera animée, en arrière-plan, par la problématique de la synonymie grammaticale, moins examinée que la synonymie lexicale (notamment Honeste 2007 ; Victori et Venant 2007 ; Soutet 2007). Il s’agira plus particulièrement de réfléchir à la possibilité ou non de rencontrer des cas de synonymie exacte lorsque des marqueurs, éventuellement étiquetés de manière différente du point de vue de la norme sociale, coexistent dans un style communicatif donné.

Références
Ghesquière, L. et K. Davidse, 2011, « The Development of Intensification Scales in Noun-Intensifiying Uses of Adjectives : Source, Paths and Mechanisms of Change », English Language and Linguistics, 15 : 2, p. 251-277.
Honeste, M. L., 2007, « Entre ressemblance et différence : synonymie et cognition », Le français moderne, 75 : 1, p. 160-174.
Marchello-Nizia, C., 2006, Grammaticalisation et changement linguistique, Bruxelles : De Boeck.
Poirier, C., 1995, « Les variantes topolectales du lexique français », in : M. Francard et D. Latin (éds), Le régionalisme lexical, Louvain-la-Neuve : Duculot : p. 13-56.
Soutet, O., 2007, « Y a-t-il place pour la synonymie grammaticale en psychomécanique ? », Français moderne, 75 : 1, p. 141-159.
Victorri, B. et F. Venant, 2007, « Représentation géométrique de la synonymie », Le français moderne, 75 : 1, p. 81-96.
Waltereit, R., 2007, « À propos de la genèse diachronique des combinaisons de marqueurs. L’exemple de bon ben et enfin bref, Langue française, 154, p. 94-109.
Zribi-Hertz, A., 2015, « De l’évolution des propriétés du mot grave en français européen moderne », in : G. Dostie et P. Hadermann (éds), La dia-variation en français actuel. Études sur corpus, approches croisées et ouvrages de référence, Bern : Peter Lang, p. 63-98.
Corpus
CFPQ (Corpus de français parlé au Québec), Faculté des lettres et sciences humaines, Université de Sherbrooke. Site : http://recherche.flsh.usherbrooke.ca/cfpq/