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D. Legallois (Université de Caen, CRISCO), Les rapports de conjonction/disjonction entre actants dans les constructions transitives bivalentes et trivalentes

 

Les rapports de conjonction/disjonction entre actants dans les constructions transitives bivalentes et trivalentes

Cette communication a pour objectif de montrer que la construction transitive [N1 V N2/S V O] possède une signification complexe mais cohérente. Si la conception de la transitivité prototypique (par exemple "Luc a cassé sa montre", "Luc a étranglé Marie") défendue par les approches cognitives (Lakoff, Taylor, Soblin), fonctionnelles (Hopper et Thompson) ou typologiques (Lazard), ont mis en lumière des éléments pertinents (en particulier l’explication des alternances, l’universalité de l’expression de l’action typique par une construction bi-actancielle), bon nombre d’emplois, qui ne se laissent pas saisir par l’idée d’une signification centrale, restent inexpliqués. De plus, la méthode statistique dite des collostructions, montre que les emplois transitifs non typiques se révèlent, en fait, plus nombreux que les emplois prototypiques dans les conversations d’adultes ou d’enfants (les verbes mettre, comprendre, prendre, voir, entendre, connaître, etc.).
Bien loin de considérer que les emplois non prototypiques seraient des extensions des emplois prototypiques (Givon), je montrerai, au contraire, qu’ils sont premiers, d’un point de vue sémantique et cognitif : malgré leur hétérogénéité, ils mettent invariablement en jeu des relations de Conjonction/Disjonction entre actants : saisir, quitter, aimer, entendre, abandonner, perdre, etc. précisent, dans le schéma transitif, la nature de la conjonction (ou de la disjonction) du sujet avec l’objet. Ces mêmes relations, on le verra, existent dans la transitivité « prototypique » ; elles existent également dans les différents types de constructions datives trivalentes (Legallois 2012, 2013) : construction avec datif « lexical » (je lui ai emprunté ses lunettes) ou avec datif « étendu » (je lui ai tondu la pelouse).
Ce travail vise donc à reconsidérer la transitivité sous un angle plus « schématique », mais aussi plus réaliste puisque c’est à travers la notion d’usage qu’elle sera réexaminée.

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Jeudi 30 janvier 2014 de 13h30 à 15h30 dans la salle J. Cartier de la Maison des langues