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Plurilinguisme et ateliers d’écriture créative dans l’enseignement des langues à l‘université : pratiques et réflexions

 

Chantal Dompmartin-Normand
LIDILEM & Université Toulouse 2 Jean-Jaurès
Ateliers d’écriture et didactique du plurilinguisme

Ce séminaire a pour objectif de réunir des enseignants et des chercheurs qui conçoivent et animentdes ateliers d’écriture créatives dans des cursus de langue à l’université et s’interrogent sur les contacts de langues à l’oeuvre dans ces contextes spécifiques. Ces ateliers concernent des étudiants qui étudient une langue, qui parlent et en écrivent d’ « autres », à savoir leurs(s) langue(s) premières(s) et celles acquises antérieurement dans leur itinéraire scolaire et social. La langue de l’atelier est ainsi additionnelle au répertoire déjà varié des sujets, occupant une place singulière et évolutive pour chacun. Il s’agit dans les ateliers d’écrire avec ce matériau plus ou moins nouveau, en entrant dans une pratique qui se superpose à des pratiques de scripteur antérieures dans d’autres langues. La dimension du déjà-là sur lequel édifier les nouveaux apprentissages est ainsi doublement présente : au plan des savoirs (des mots, des grammaires…) et au plan des savoir faire (écrire). Pour autant, comment établit-on des circulations et connections entre ces différents plans ?
La didactique des langues a vu émerger à partir des années 1990 la notion de compétence plurilingue et pluriculturelle, qui valide l’hétérogénéité des ressources (plurilingues et pluristyles) dans le répertoire d’un sujet et tente de proposer un cadre conceptuel où les langues seraient réellement en contact et ne progresseraient pas séparément les unes des autres. Dans ce paradigme, toute langue nouvelle peut être vue comme simple ressource supplémentaire dans une « boite à outils » langagière, pragmatiquement mise en oeuvre en fonction des nécessités de communication. Pourtant, dans cette boite, les statuts des outils/langues évoluent en permanence. Ainsi, dans la mesure où elle est « visée » par l’apprentissage à un moment donné dans le parcours d’un individu – et de ce fait nommée « langue cible » – la langue additionnelle jouit ou pâtit provisoirement d’un statut particulier, chargé d’intentionnalité et d’affects, sensible aux variations de motivation et tributaire de la qualité d’un rapport que l’apprenant entretient avec elle. Par ailleurs, l’arrivée d’une nouvelle langue ne bouscule-t-elle pas « l’ordre établi » du répertoire, allant jusqu’à susciter des recompositions identitaires, des altérations ? Tel écrivain raconte comment la langue autre devient pour un temps langue d’élection pour lui dans l’écriture, comment il/elle l’adopte ou s’y fait adopter (N. Huston, V. Alexakis, A. Mizubayashi…), provisoirement ou plus longtemps. Tel autre explore l’irréductible étrangéïté de la langue qui ne serait pas « maternelle » : « la langue étrangère demeure une langue artificielle - un solfège, une algèbre » (Kristeva, 1984 : 49). Pourtant tous perçoivent que des circulations s’opèrent, et que ces langues sont en contact dans l’écriture et dans l’identité de celui qui écrit.
Il s’agira dans cette journée d’échanger sur diverses pratiques d’atelier d’écriture qui donnent à l’université une place à la plurilingualité, avec pour ambition d’apporter de l’eau au moulin d’une didactique des langues en contact, à l’instar d’autres approches plurielles qui ont déjà montré leurs effets pour la construction holistique des apprentissages langagiers d’apprenants culturellement et linguistiquement divers.
Nous nous demanderons et essayerons de montrer en quoi ces ateliers d’écriture, à chaque fois singuliers dans leur démarche, peuvent représenter des lieux privilégiés d’exploration des processus où le translinguistique serait à l’oeuvre. Frottements et transferts, mélanges, traces dialogiques, intertextuelles, interculturelles et interlinguistiques, comment décrire plus encore les contacts affleurant dans l’écriture ? Et surtout quels ingrédients incorporer dans les ateliers, qui susciteraient, valideraient et animeraient ces trace(é)s translinguistiques et transculturelles, afin que s’épanouissent l’écriture et la voix de chacun des participants ?

Christele Maizonniaux
Flinders University, Australie
Lire l’exil… et se raconter. Premiers retours sur une expérimentation en contexte universitaire australien

Au cours de l’année 2014 et pendant un semestre universitaire a été proposé en lecture-écriture à un groupe d’apprenants de niveau avancé un corpus de textes autobiographiques traitant de l’exil, du déracinement ou de l’entrée dans un nouveau pays. Parmi ces textes, certains étaient multilingues ou reflétaient des problématiques interculturelles. Je m’intéresserai ici, à partir d’un corpus restreint de productions d’apprenants et de réponses à un questionnaire distribué en fin de semestre, aux interactions lecture-écriture, aux traces d’engagement dans l’écriture, à la place des langues ou des cultures de l’apprenant dans leur écrit. L’analyse présentée évoquera également les suites envisagées à cette expérimentation dans la perspective de rendre l’approche initiée plus « signifiante » (Lessard et all. 2014 : 103).
LESSARD, V., GUAY, F., FALARDEAU, E., VALOIS, P. & LANGLOIS, S. 2014. Cinq pratiques pour favoriser la motivation et la réussite des élèves en écriture. Recherches, n°61, 97-115.

Anne LE GROIGNEC
Université Toulouse 2 Jean-Jaurès
Le renard calligraphe - Le style en questions dans l’atelier d’écriture en FLE

Un atelier d’écriture créative en FLE est proposé en option aux étudiants de niveau B2 – C1 pendant 50 heures sur un semestre. Les étudiants y expriment une forte attente d’amélioration de correction morpho-syntaxique et d’enrichissement lexical de leurs écrits. Au-delà de cette attente première, et grâce au dispositif proposé, ils manifestent rapidement une forte implication dans la recherche et l’expression d’un style personnel. Cette implication semble avoir un lien direct avec l’autonomie que les étudiants développent en atelier dans leurs acquisitions linguistiques.
En imprimant leur marque de fabrique à leurs textes, ils mettent la technique au service de leur vision du monde, vision en mouvement, fondatrice d’identité et d’altérité. La perception, entre autres éléments, de la prosodie, des sonorités, des figures de style s’aiguise.
La lecture/audition de textes d’auteurs, et des textes des autres étudiants contribue à nourrir cette approche sensible et reflexive sur les questions de style et la fonction poétique du texte.
L’étude analyse les textes écrits pendant 6 mois par une vingtaine d’étudiants en ateliers, ainsi que le matériau recueilli pendant les échanges, questionnements et évaluations.
Elle cherche à répondre aux questions suivantes :
Quelles sont les caractéristiques de cette recherche stylistique de l’écrivant en langue autre ? Peut-on dégager des constantes ?
En quoi le travail sur la dimension stylistique favorise t il l’apprentissage de la langue ? Comment faciliter ce travail en atelier ?

Noëlle Mathis & Chiara Bemporad
Institut Américain Universitaire, Aix en Provence, & Université de Lausanne
Récits et réflexivité autour de deux ateliers d’écriture plurilingue menés à l’université

Cette communication sera le récit réflexif de pratiques d’ateliers d’écriture plurilingue avec des étudiants à l’université. Considérées comme des pratiques de littératies (Sabatier, Moore et Dagenais 2013), elles s’inscrivent dans le cadre d’études sur les littératies plurilingues dans les contextes multilingues (Martin-Jones et Jones 2000) en lien avec les identités plurilingues (Bemporad et Moore 2013). Ce récit fera suite à deux interventions d’ateliers plurilingues, l’une dans une classe de M1 du cours « pratique interculturelles » de Samuel Vernet à l’université de Stendhal-Grenoble 3 et l’autre avec un groupe d’étudiants FLE de Chiara Bemporad, de niveau B2, à l’EFLE de l’Université de Lausanne. L’approche ethnographique est la suivante : pendant que Noëlle a mené les ateliers plurilingues, Samuel et Chiara ont pris des notes sur la réaction des étudiants pendant l’atelier et l’échange réflexif qui a suivi. Des textes ont émergé. Certains étudiants ont envoyé leurs écrits. Nous avons commencé à dialoguer avec les écrivants par écrit à propos de leurs textes. Certains ont déjà répondu. Dans notre présentation, nous tenterons ainsi d’éclaircir :

  • le contexte des deux ateliers à Grenoble et à Lausanne ;
  • la pertinence et les engagements de l’atelier d’écriture plurilingue à l’université ;
  • quelques débuts d’analyse à partir des textes d’apprenants et des échanges subséquents ;
  • quelques réflexions pour poursuivre le dialogue. Bemporad, C. & Moore, D. (2013). Identités plurilingues, pratiques (pluri)littératiées et apprentissages. Bulletin Vals/Asla, 98, 29-45. Martin-Jones, M. & Jones, K. (2000). Multilingual Literacies. Philadelphia, PA : John Benjamins. Sabatier, C., Moore, D. & Dagenais, D. (2013). Espaces urbains, compétences littératiées multimodales, identités citoyennes en immersion française au Canada. Glottopol, 21, 138-161. Accessible en ligne à : http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/numero_21.html

Brigitte Bonnefoy
Aix-Marseille Université
Le malentendu de l’atelier d’écriture en langue seconde

Faire sienne une langue, c’est pouvoir la transgresser. Cette désobéissance à la standardisation langagière est le propre du style. Non pas que l’on se passe totalement des règles car il est nécessaire de se faire entendre, mais l’on se fraye des chemins audacieux en associant ce qui sans doute ne le fut jamais, en faisant sauter quelques carcans grammaticaux, en entrant dans des domaines thématiques innovants, en proposant des rencontres inouïes de termes jusque là séparés dans l’usage commun.
Un apprenant de langue étrangère lorsqu’il se présente dans un atelier d’écriture a d’abord un objectif pragmatique : celui d’améliorer ses compétences en expression écrite. Bien entendu, il souhaite aussi donner sa marque personnelle à son discours mais il n’a pas à priori de prétention à la langue poétique ou du moins il pense que ce parcours sera long. Or sa position « entre deux langues » lui offre justement cette liberté inhérente à la création.
Il s’agit donc de l’amener, au delà de l’aspect normatif, à une prise de conscience de ces atopismes* scripturaux, soit ces ruptures incontrôlées par rapport à l’utilisation commune de la langue, source d’innovations touchant parfois au littéraire. Pas toujours en possession de ses intentions, il faudra donc le conduire à cette reconnaissance de la jouissance des mots, liée en partie à l’imprévisible que suscitent les glissements d’une langue (et de sa culture) à l’autre.
Ma pratique et quelques résultats sont présentés ainsi qu’un récapitulatif des sources classiques qui les inspirent. Leur originalité passant par la mise en valeur esthétique, plastique de l’écrit.
*Atopisme : néologisme formé à partir de a- (négation) et topique (lieu commun), argument topique/adapté/ pertinent

Marie-Laure Schultze
Aix-Marseille Université
La création de "consignes" d’écriture pour un atelier plurilingue : réflexions

L’animation d’ateliers plurilingues peut demander, plus encore que l’animation d’ateliers "classiques", la création de "consignes" d’écriture adaptées et non simplement extraites d’un ouvrage destiné à cet usage. Travail singulier effectué par un animateur-artiste, si l’on admet que l’animation d’ateliers d’écriture littéraire est un art participatif. Nous réfléchirons dans cette intervention à cette question de la création de "consignes", ou plutôt d’ "appels à l’écriture" plurilingue.

Nathalie Rannou
Université Grenoble-Alpes
Les écritures créatives et la formation des sujet-scripteurs